dimanche 19 juin 2016

GALERIE SHANDY (4) - VALERY LARBAUD






GALERIE SHANDY (4) - VALERY LARBAUD
Dans Abrégé d’histoire de la Littérature Portative, Enrique Vila-Matas dresse un portrait si flatteur de Valéry Larbaud, shandy accompli, qu’il sera difficile d’y ajouter quelque chose tant la passion de EVM pour le créateur de Barnabooth, conjugue une tendre passion avec un réel enthousiasme. EVM fait de Larbaud l’organisateur de la fête Shandy de Vienne du 27 mars 1925 et le place au centre du chapitre viennois (pages 43 à 59) durant lequel se croisent les figures de Georges Antheil, Myriam Cendrars, Sylvia Beach, Werner Littbarski  (personnage fictif), Karl Kraus, Scott Fitzgerald. On y parle aussi du 7 rue de l’Odéon et de la librairie Shakespeare & Co, petit rappel du rôle de Larbaud dans la découvert de James Joyce en France.
Pour EVM, Larbaud est l’artiste shandy et portatif par excellence. Machine célibataire (« célibataire et sans compromis », dira-t-il), grand voyageur, dandy et mondain cultivé, patriote cosmopolite et européen des Arts et Lettres, amateur de miniatures- il possédait une collection de soldats de plomb - passion pour les travaux littéraires inédits et grand découvreur d’écrivains?  Joyce, qu’il traduisit mais aussi Borges, Walt Whitman, Samuel Butler, Ramon Gomez de la Serna, William Faulkner, Maurice Scève. La vie de Larbaud aura été consacré aux écrivains et aux livres. On raconte qu’il les faisait relier selon la langue : bleu pour l’anglais et rouge pour l’espagnol.
Passionné de lectures, amoureux des pays et des langues, en France on le prend pour un brésilien ou un argentin, en Angleterre pour un espagnol ou un italien. Vrai voyageur, il n’est nulle part étranger : Londonien à Londres, Romain à Rome, Portenos à Buenos-Aires, Larbaud aime aussi la retraite paisible de la Province, loin des miroirs de la ville, et dont il a besoin pour s’y ressourcer, y vivre en ermite et se plonger dans ses travaux littéraires, qu’ils soient d’écriture ou de traduction.
EVM parle de Larbaud comme « d’une figure, bien qu’à contre-jour sur la scène culturelle de son siècle, fondamentale pour qui veut comprendre quelque chose à la formation de la littérature portative ». Cet éloge d’un Larbaud shandy rejoint celui que dressent dans des cénacles invisibles les admirateurs d’un écrivain, sans doute trop oublié, et  qui se définissait comme un amateur, au sens noble du terme.
L’écrivain est encore victime de sérieux préjugés. Alors que son œuvre méticuleuse, vagabonde (celle-ci est indissociable de son parcours géographique) est celle d’un classicisme moderne, on voit peut-être trop en lui le poète millionnaire, un double de son héros A. O Barnabooth, qui vit avec faste et traverse l’Europe avec indolence, passant d’un grand hôtel international au wagon-lit d’un train de luxe, écrivant pour une élite alors qu’il s’adresse, en vérité, aux esprits de qualité pour qui la beauté est le seul souci. C’est sans doute pour cette raison que cet écrivain, trop discret, secret, amateur de littérature étrangères et des petits maîtres français, noble de cœur et d’esprit, ouvert sur le monde, s’est montré plus soucieux de découvrir et révéler des talents cachés que mettre en avant ses propres œuvres. Le contraire d’un carriériste, donc, lui qui à trente-neuf ans avouait n’avoir jamais voulu jouer un rôle, et avoir préférer la retirance, comme il dit, aux lumières de la ville et aux vanités du monde.
Une qualité de plus à mettre au crédit de cet écrivain français auquel EVM rend un bref et bel hommage.

Biographie.
Enfant unique d’un père pharmacien, propriétaire des sources de Vichy Saint-Yorre, décédé quand Valéry Larbaud a huit ans, il est élevé par sa mère et sa tante.
En 1908, licencié ès lettres, il publie Poèmes par un riche amateur sans spécifier son nom. Rentier grâce à la fortune familiale, il voyage à grands frais, mène une vie de dandy, fréquentant les stations thermales pour soigner sa santé fragile. Elevé dans le protestantisme, il se convertit à la foi catholique en 1910, mais, pour ne pas peiner sa mère, reste discret sur le sujet.
En 1911 paraît son premier roman, Fermina Marquez, suivi de A.O. Barnebooth, ses oeuvres complètes, c’est-à-dire : un conte, ses poésies et son journal intime’ (1908-1913), oeuvre d’une grande liberté dans la forme et le contenu, permettant toutes les audaces, précédant ainsi Ulysse de James Joyce que Larbaud a co-traduit.
Parlant allemand, italien, espagnol et anglais, il introduit en France des auteurs tels Samuel Butler, Walt Whitman et William Faulkner, en les traduisant ou les préfaçant. Enfantines paraît en 1918 et Amants, heureux amants en 1923.
En 1935, une hémorragie cérébrale le rend hémiplégique et aphasique, le clouant au lit à vie;
Bonsoir les choses d’ici-bas est la seule et unique phrase que l’écrivain parvenait à balbutier, après l’hémorragie cérébrale qui le terrassa; Il se voit contraint, en 1948, de vendre ses biens et sa bibliothèque de quinze mille volumes à la ville de Vichy dont la médiathèque a conservé le mobilier et la somptueuse collection de livres reliés. Il reçoit le Grand Prix national des Lettres en 1952 et meurt à Vichy en 1957.

citation

« La bêtise a ceci de terrible qu’elle peut ressembler à la plus profonde sagesse » Valéry Larbaud




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