vendredi 27 mai 2016

GALERIE SHANDY (3) MARCEL DUCHAMP




GALERIE SHANDY (3)- MARCEL DUCHAMP
 Pour Enrique Vila-Matas, un des piliers de la littérature portative, présent dés la première page, n’est pas un écrivain proprement dit, mais un artiste-peintre, qui rompt avec la peinture en 1918, père de l’art conceptuel et pape de l’art moderne, Marcel Duchamp. EMV loue sa boite-en-valise, laquelle contient les reproductions en miniature de toute ses œuvres et devient l’emblème de la littérature portative et un symbole dans lequel se reconnaîtront les premiers Shandys. Le vrai Duchamp avait d’ailleurs déclaré « tout ce que j’ai fait d’important pourrait tenir dans une petite valise ». Sa première Valise est réalisée à partir de 1936 et présentée en 1941.
Marcel Duchamp répond à des critères Shandy essentiels : le caractère portatif de l’oeuvre, son statut de célibataire auxquels s’ajoutent son esprit d’innovation, une volonté de transgression et une tendance à cultiver l’art de l’insolence.
La plus importante des clauses Shandy est le célibat, condition indispensablement requise à l’entrée dans la société secrète, seul gage d’une vie libre et libérée, légère et donc portative. EMV invente pour Marcel Duchamp une prise de conscience, suite à la crise de nerfs d’André Biely : « Je ne sais pourquoi, à cet instant précis, je cessai d’écouter Varèse, et me mis à penser qu’on ne devait pas charger sa vie de trop de poids, de trop de choses à faire, de ce qu’on appelle femme, enfants, maison de campagne, voiture etc.. Et il est heureux que j’aie compris cela très tôt, car cela m’a permis de vivre longtemps célibataire, bien plus facilement que si j’avais dû affronter toutes les difficultés ordinaires de la vie. Au fond, c’est là l’essentiel ».
Shandy, Marcel Duchamp le fût donc, et pour diverses raisons.
Dans la vie réelle, Duchamp était célibataire même s’il se maria, sans amour, et pour l’argent avec une riche héritière, Lydie Sarazin-Levassor alors qu’il avait une liaison depuis trois ans avec une américaine: « Ce mariage a été à moitié fait par Francis Picabia qui connaissait la famille. On s’est marié comme on se marie généralement mais cela n’a pas collé : j’étais vraiment beaucoup plus célibataire que je ne le pensais ». Il divorça au bout de six mois.
 Insolent, l’artiste le fût, lui qui scandalisa les milieux de l’art avec le ready-made Fountain, son tableau  Nu descendant un escalier 2  ou encore en affublant la Joconde d’une moustache (L.H.O.O.Q.) et la Mariée Mise à Nu par ses célibataires, même (Le Grand Verre). Au printemps 1912, accompagné d'Apollinaire et du couple Picabia, Marcel Duchamp assiste à une représentation d'une pièce de théâtre de Raymond Roussel : Impressions d'Afrique. Il est frappé par « la folie de l'insolite » qui commande ce texte loufoque. 
Cet épisode le lie à la fondation de la société secrète Shandy à Port-Hâtif, en Afrique, déjà évoqué dans le portrait de Jacques Rigaut.
Les écrits de Marcel Duchamp ont été publiés sous les titres Duchamp du signe (1958) et Marchand du sel (1958). Il fut également le créateur d'un personnage fictif, son double féminin, Rrose Sélavy, sculpteur et auteur d'aphorismes maniant la fausse contrepèterie et l'allitération et sous le nom duquel il aura une production littéraire et plastique en soi, Rrose Sélavy étant tout à la fois une œuvre et à l'origine d'œuvres.
Répondant à une majorité de critères requis, Marcel Duchamp ne pouvait être que la figure tutélaire et mythique, et l’emblème, par excellence, de la société Shandy. Son nom revient d’ailleurs vingt-trois fois dans le texte, faisant de lui l’auteur le plus cité par Enrique Vila-Matas et un des seuls noms à figurer dans presque tous les chapitres du livre.
Le narrateur évoque à plusieurs reprises ses rencontres avec Duchamp auprès duquel il recueille des informations précieuses sur les principaux événements de la société Shandy.
Duchamp est un élément central, tant par ses idées shandy (la miniaturisation ) que par ses relations artistiques (Francis Picabia, Man Ray).
Il est aussi le créateur de l’emblème Shandy qui figure sur la boîte-en-valise, un peigne en manière de broche, dessin retouché par Jacques Rigaut, et que l’on retrouve sur le rideau d’un théâtre de Trieste, dans un cauchemar raconté par le narrateur au cours duquel il assiste à des expériences d’Aleister Crowley (page 103). Moins mondain que Picabia, Duchamp est toutefois au coeur de la vie artistique  parisienne et européenne des années vingt. Il est le témoin d’évènements liés aux Shandys, il est aussi leur mémoire. Duchamp est partout : à Port-Hâtif, à la fête de Vienne, à Prague pour l’épisode des Odradeks et des errances Shandys. D’ailleurs, à la fin de son récit de l’aventure Praguoise, Duchamp se volatilise et disparaît. Le narrateur le cherche partout dans Prague et se demande si Duchamp n’est pas son Odradek ?  l’Odradek est une créature inventée par Franz Kafka dans une nouvelle de 1917 Le souci du père de famille.
Kafka décrit cette créature comme « On dirait d’abord une bobine de fil plate en forme d’étoile, et il semble bien en effet être couvert de fils, même si en vérité il ne peut s’agir que de vieux bouts de fil de différentes sortes et couleurs, déchirés et noués ensemble mais aussi mêlés les uns aux autres. Mais ce n’est pas qu’une bobine, car du milieu de l’étoile ressort une tige transversale, et à cette tige se joint une autre dans l’angle droit. C’est au moyen de cette dernière tige et de l’une des pointes de l’étoile que l’ensemble se tient debout comme s’il était sur deux jambes. »
Enrique Vila-Matas, sous la plume d’un Stephan Zenith, compagnon de chambre de Witold Gombrowicz, cite, à peine voilé et transformé, un extrait du texte de Kafka (page 66).
Ce qui est troublant, c’est à la lecture de ce texte le souvenir de cette photo de Man Ray montrant Duchamp avec une tonsure en forme d’étoile…Marcel Duchamp serait-il donc tout compte fait un Odradek ?

« On peut être artiste sans être rien de particulier. » Marcel Duchamp

« Rose Sélavy et moi esquivons les ecchymoses des Esquimaux aux mots exquis. » Marcel Duchamp

Biographie résumée.
Blainville-Crevon (Seine-Maritime), 1887 – Paris, 1968
Marcel Duchamp est le troisième d'une famille de six enfants, dont quatre sont des artistes reconnus : les peintres Jacques Villon (1875-1963) et Suzanne Duchamp (1889-1963), le sculpteur Raymond Duchamp-Villon (1876-1918) et lui-même, le plus célèbre. Ce sont d'ailleurs ses frères, ses aînés, qui l'initient à l'art.
Après une scolarité à Rouen, Marcel Duchamp poursuit des études à Paris et fréquente l'Académie Julian. Mais c'est toujours auprès de ses frères qu'il fait son véritable apprentissage de la peinture et de leurs amis, réunis sous le nom de Groupe de Puteaux, principalement des artistes d'inspiration cubiste comme Fernand Léger ou Robert Delaunay, ou encore Albert Gleizes et Jean Metzinger, auteurs de l'ouvrage Du Cubisme (1912).
Toutefois, très vite sa peinture s'éloigne de la problématique spatiale des cubistes et s'attache à la décomposition du mouvement, ce qui le rapproche des Futuristes italiens. L'une de ces toiles, Le Nu descendant l'escalier, le fait connaître à la grande exposition américaine de l'Armory Show, en 1913.
À partir de 1915, installé à New York, il partage son temps entre les Etats-Unis et la France, diffusant les avant-gardes parisiennes, notamment les sculptures de son ami Constantin Brancusi, auprès du public américain.
À cette époque, il élabore ses œuvres les plus connues, comme le Grand Verre ou la Fontaine, mais se consacre de plus en plus aux échecs, qui deviendront, au milieu des années 20, sa principale activité.
C'est à travers le Surréalisme qu'il renoue avec l'art en organisant de nombreux événements en collaboration avec André Breton. De retour sur la scène artistique, il acquiert une renommée croissante et devient célèbre après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 50, une nouvelle génération d'artistes américains qui se qualifient de néo-dadaïstes, tels Jasper Johns et Robert Rauschenberg, le reconnaît comme un précurseur.
La réédition en 1964 de ses premiers objets ready-mades parachève cette célébrité en diffusant son œuvre dans le monde entier.
Source : http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ens-duchamp/ens-duchamp.htm



Dessins d'un Odradek



Tonsure (1919)-Man Ray
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire