L’Abrégé d'histoire de la littérature portative d’Enrique
Vila-Matas fut publié en Espagne en 1983 par la maison barcelonaise Anagramma et en France par Christian Bourgeois
en 1990.
Cette oeuvre présente, sur le mode de l'essai littéraire, l'histoire de ce mouvement dit « portatif » en
inventant une société littéraire secrète, les Shandys, fondée en 1924 à
Port-Hâtif, village africain du delta du Niger, par le fruit du hasard et du
malentendu. Le fruit du malentendu étant la confusion de deux russes (voir portrait
André Biely) par Berta Bocado et le fruit du hasard celui de la rencontre de
Georgia O’Keefe en Afrique (portrait futur de Jacques Rigaut)
« Nous ferons connaissance de ceux qui auront permis d'écrire le roman de la société secrète la plus joyeuse, la plus loufoque et volubile qui ait jamais existé, des écrivains, turcs à force de tabac et de café, héros gratuits et délirants de cette bataille perdue d'avance qu'est la vie, amoureuse de l'écriture à condition d'en faire la plus drôle, mais aussi la plus radicale des expériences.»
« Nous ferons connaissance de ceux qui auront permis d'écrire le roman de la société secrète la plus joyeuse, la plus loufoque et volubile qui ait jamais existé, des écrivains, turcs à force de tabac et de café, héros gratuits et délirants de cette bataille perdue d'avance qu'est la vie, amoureuse de l'écriture à condition d'en faire la plus drôle, mais aussi la plus radicale des expériences.»
Le terme Shandy est inspiré du célèbre personnage de
l’écrivain anglais Laurence Sterne (1713-1768),
Tristram Shandy, roman dont l’impact sur des générations de romanciers
(Diderot, Queneau, Perec, Kundera) a été immense.
Dans ce groupe qui rappelle les dadaïstes et les surréalistes (le Manifeste du Surréalisme d’André Breton paraît le 15 octobre 1924) se croisent des personnages réels comme Marcel Duchamp, Francis Picabia, Paul Morand, Walter Benjamin, Jacques Rigaut ou fictifs comme Ferenc Szalay, Werner Littbarski, Rita Malú ou Berta Bocado, femmes fatales inventées et voisines de personnages réels comme le peintre américain Georgia O'Keefe, qui chez Enrique Vila-Matas, invente la théorie de la sexualité extrême, et Pola Negri, star du cinéma muet.
Dans ce groupe qui rappelle les dadaïstes et les surréalistes (le Manifeste du Surréalisme d’André Breton paraît le 15 octobre 1924) se croisent des personnages réels comme Marcel Duchamp, Francis Picabia, Paul Morand, Walter Benjamin, Jacques Rigaut ou fictifs comme Ferenc Szalay, Werner Littbarski, Rita Malú ou Berta Bocado, femmes fatales inventées et voisines de personnages réels comme le peintre américain Georgia O'Keefe, qui chez Enrique Vila-Matas, invente la théorie de la sexualité extrême, et Pola Negri, star du cinéma muet.
Enrique Vila-Matas ajoute que « l’intégration des
femmes fatales au monde des portatifs catalysa la venue au monde de la société
secrète »
Pour faire partie de cette société de Shandys, il faut « outre l’exigence mise à part d’un haut degré de folie, justifier d'une oeuvre qui ne pesât pas trop lourd et qui pût aisément tenir dans une mallette, l'autre clause obligatoire était de fonctionner en machine célibataire » Ce sont les deux conditions indispensables et requises.
Pour faire partie de cette société de Shandys, il faut « outre l’exigence mise à part d’un haut degré de folie, justifier d'une oeuvre qui ne pesât pas trop lourd et qui pût aisément tenir dans une mallette, l'autre clause obligatoire était de fonctionner en machine célibataire » Ce sont les deux conditions indispensables et requises.
Et si l’œuvre se doit d’être
suffisamment légère pour être transportable, c'est pour célébrer
« l’apothéose des poids légers dans l’histoire de la littérature
».
Après quoi il existe d’autres caractéristiques, non indispensables, mais fortement recommandées car considérées comme typiquement shandys : esprit d'innovation, sexualité extrême, absence totale de grand dessein, nomadisme infatigable, coexistence tendue avec la figure du double, sympathie à l'égard de la négritude, tendance à cultiver l'art de l'insolence. » (page 15)
Après quoi il existe d’autres caractéristiques, non indispensables, mais fortement recommandées car considérées comme typiquement shandys : esprit d'innovation, sexualité extrême, absence totale de grand dessein, nomadisme infatigable, coexistence tendue avec la figure du double, sympathie à l'égard de la négritude, tendance à cultiver l'art de l'insolence. » (page 15)
Autant prévenir le lecteur, le texte d'Enrique Vila-Matas
est une mystification littéraire, comme les Vies Imaginaires de Marcel
Schwob, ouvrage publié en 1896, qui se présente comme un recueil
de courtes biographies où l'auteur affirme ne pas se préoccuper du vrai.
Plus prés de nous, citons encore une autre mystification
littéraire, l’anthologie imaginaire La littérature nazie en Amérique
(1996) de l’écrivain chilien Roberto Bolano, dont Enrique Vila-Matas était
l’ami et un grand admirateur.
Au cours de son récit, l’écrivain barcelonais se moque donc
de la réalité historique et n' hésite pas à trafiquer la représentation des
anecdotes et récits des vies des écrivains et artistes réels.
La plupart des événements liés à la fondation de cette
société secrète sont le produit de la la foisonnante imagination de l'auteur
qui mêle avec talent, humour, et ironie, le faux et le vrai, le réel et la
fiction pour se moquer, mais aussi amuser le lecteur, lequel doute rapidement de la valeur et de l'authenticité des informations
fantaisistes de l’écrivain espagnol.
A la fin de sa lecture, tout vrai admirateur du récit
d’Enrique Vila-Matas regrettera que la société des Shandys, si brillamment
décrite qu’on finit presque par la croire vivante et réelle, ne soit en fin de
compte qu’une fiction. Car même si la supercherie est rapidement dévoilée, car
désamorcée constamment par l’ironie sous-jacente de l’auteur, la tentation est
grande pour le lecteur de croire, pour de vrai, à l’existence de cette société
secrète si bien que, secrètement contaminé à son insu par le virus Shandy, le
lecteur voit et cherche des Shandys partout.
C’est pour cette raison que nous avons décidé d’esquisser à
travers ces pages le portrait de ces Shandys dont certains ont pris le visage
d’artistes et d’écrivains ayant réellement existé..
A nous de démêler le vrai du faux Shandy, et puis aussi d’en
trouver des nouveaux, oubliés par l’auteur
et de réparer ainsi les injustices d’une histoire littéraire rêvée à travers le
prise Shandy.



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